Mon 48h de jeûne… par nécessité !

Je n’ai jamais pensé qu’un jour il serait dans mon intérêt de jeûner. Je veux dire, le jeûne, je connais ses bienfaits mais réellement, je me disais que je ne pourrais jamais faire ça parce que j’aime beaucoup trop manger, je mourrais de faim c’est sûr ! Jusqu’à ce que ça devienne une nécessité et que les bénéfices dépassent les peurs.

Je t’épargne les détails du comment, du pourquoi pour le moment. Je t’en reparle quand je suis prête. Rien de grave, crois-moi, mais je passe par différents sentiments dans le moment et je dois prendre le temps de juste l’accepter sans me taper sur la tête. Ça s’en vient. J’y travaille.

Pour faire ça court, j’ai fait un petit séjour de 4 jours à l’hôpital Hôtel Dieu de St-Jérôme. Suite au diagnostic et à l’hospitalisation, j’ai élaboré un plan naturopathique pour me remettre sur pied, avec mon collègue et mentor naturopathe. Parle, parle, jase, jase, le jeûne vient sur le tapis. Visiblement je gagne à le faire. Je suis prête, go ! Je le fais.

J’appréhendais beaucoup les repas. C’est quand même moi qui cuisine à la maison et bien que mon mari aurait pu s’arranger avec sa bouffe, mes deux enfants ne pouvaient pas se faire à manger seuls. Quoi que je t’avoue que l’idée qu’ils se fassent des toasts au beurre d’amande seuls comme des grands, ils sont capables, pendant que je me mets la tête dans le sable et une pince sur le nez alors qu’ils les mangent, m’est passée par la tête. Finalement j’ai opté pour faire l’adulte et leur préparer à manger.

Le premier repas que j’ai cuisiné pour tout le monde sauf moi, c’était un souper. Un délicieux souper cuit sur le BBQ. Est-ce que j’ai dit que j’aimais manger ? God ! J’aime vraiment cuisiner et manger… mais pas faire la vaisselle !!! Ça s’est une autre histoire.

Bref ! J’ai servi mes enfants et j’ai siroté mon eau avec du sel rose de l’Himalaya. J’ai aussi respiré l’assiette de mon mari, qui m’a trouvée très bizarre d’ailleurs ! Une fille fait ce qu’elle peut pour tenir le cap tu vois.

Le souper passé, finalement je me suis dit que ce n’était pas si terrible. Je n’avais pas vraiment faim, j’avais juste envie de manger parce que ça sentait bon.

Mon truc a été d’occuper mon esprit. J’avais pris congé 3 jours pour pouvoir me reposer et reprendre du poil de la bête donc du temps, j’en avais, mais pas question d’ouvrir la télévision. Je lisais, j’écrivais, je faisais de l’introspection, des siestes… et quelques brassées de lavage. J’ai compris bien des choses d’ailleurs pendant ces 3 jours-là.

Ainsi s’est écoulé relativement rapidement mon 48h de jeûne avec mon eau salée et mes tisanes. Je t’avoue par contre que le matin où j’ai pu manger, je comptais les minutes et à 48h pile je prenais mon repas. Bon, je suis en diète liquide alors je n’ai pas tout à fait mangé ce que je voulais hein mais je prends ce qui passe !!! C’est si bon manger

Un peu d’histoire

Le jeûne est sans doute l’une des plus anciennes approche d’auto-guérison. Même dans la nature, les animaux cessent instinctivement de manger quand ils sont malades ou blessés.

Si on remonte encore plus loin, le jeûne (involontaire) fait partie de l’adaptation de l’humain à son environnement.

Bien avant l’abondance de nourriture que nous connaissons aujourd’hui, les êtres humains ont dû adapter leur alimentation par rapport à la fluctuation d’apport en nourriture en lien avec les saisons. Le corps humain a donc développé une réponse physiologique au manque de nourriture, il en allait de sa survie. Il s’adapte en réduisant et en changeant le métabolisme permettant ainsi de maintenir les fonctions vitales le plus longtemps possible à partir des réserves propres du corps. Grâce à ce mécanisme d’adaptation, notre corps peut survivre des semaines sans nourriture.

Bien que le fait de jeûner soit une pratique ancestrale dans de nombreuses religions (Yorn Kippour, Carême, Ramadan) car il est perçu comme un moyen de purifier le corps et l’esprit, les premiers fondements scientifiques ne remontent qu’à la fin du XIXe siècle.

Le Dr Isaac Jennings (1788-1874) fut l’un des premiers médecins américains à le préconiser. Il renonce même à l’usage de la médication en 1822 au profit d’une nouvelle science basée sur des principes naturels, dont le jeûne, que l’on appela ensuite hygiène naturelle ou système hygiénique.

D’autres praticiens ont suivi le mouvement, mais c’est principalement à Herbert M. Shelton (1895-1985), chiropraticien et naturopathe, reconnu comme le père de l’hygiénisme, que l’on doit l’élaboration d’un protocole basé sur un jeûne stricte à l’eau, sans exercice physique. Il s’agissait alors de donner un repos physiologique complet qui permettait d’aiguiser l’esprit. Même principe que recommandait Hippocrate il y a 2500 ans !

Le jeûne, comment ça fonctionne ?

Le jeûne est la privation volontaire de nourriture pendant un temps donné. L’objectif est de permettre à l’organisme de se reposer, se détoxifier et se régénérer. Il permet au système digestif de se reposer et permet aux autres organes de se purger via l’élimination des toxines et des mauvaises graisses.

Généralement, les gens ont deux principales raisons pour jeûner : faire le ménage et/ou donner au corps des conditions optimales de guérison. Par contre, une tendance semble être à la mode depuis quelques temps, c’est-à-dire d’utiliser le jeûne pour perdre du poids. Les gens préconisent alors le jeûne intermittent.

Voici ce qui se passe dans le corps selon les différents temps de jeûne. En temps normal, le corps utilise ses réserves de glucides (sucres) comme principale source d’énergie. Au-delà de 24h, ces réserves sont épuisées et ce sont alors les lipides (gras) qui deviennent la principale source de carburant.

  1. De 0 à 24h : L’organisme utilise sa méthode habituelle pour créer son énergie. Il utilise le glucose (sucre) directement disponible dans le sang ou celui stocké sous forme de glycogène (notre réserve de sucre) dans le foie.
  2. De 24h à 5 jours : Le glucose et le glycogène sont maintenant épuisés. Le corps et le cerveau pompent maintenant dans les réserves du tissu adipeux (graisses) et dans les réserves de protéines provenant du tissu musculaire pour former du glucose, aussi appelé la néoglucogénèse.
  3. 5 jours et les suivants : Afin de préserver les réserves de protéines, le foie et les reins produisent des corps cétoniques qui sont utilisés par le cerveau en remplacement du glucose. C’est ce qu’on appelle la cétogénèse.

Jeûne complet, intermittent ou partiel

Le jeûne complet consiste en ne consommant absolument rien d’autre que de l’eau. Pendant cette période, il est recommandé de ne pas faire d’activité physique.

Le jeûne partiel permet de boire de l’eau, des jus de fruits et légumes fait à l’extracteur à jus, du jus d’herbe de blé, des infusions, de consommer des pousses, des bouillons et des suppléments alimentaires. C’est un jeûne très bas en calories, soit autour de 300kCal par jour.

Le jeûne intermittent se fait en ne mangeant pas pendant un nombre d’heures données, généralement entre 12 et 16h. Par exemple, une personne qui mange jusqu’à 19h ne devrait pas manger de nouveau avant 7 à 11h le lendemain matin. Ce type de jeûne est efficace pour la perte de poids car il permet au corps d’entrer dans son pic de combustion des graisses, qui se produit environ 8 à 12 heures après un repas.

Selon Valter Longo, un biochimiste et une des sommités mondiales sur le jeûne, le jeûne serait une des clés pour vivre plus longtemps en santé. Il présente ses recherches dans son livre « The longevity diet » et dans un film documentaire sur Arte « Le jeûne, un outil thérapeutique », en 2011. Il explique entre autre, que durant le jeûne, le corps à tendance à détruire les cellules endommagées avant les cellules saines. Lors de la reprise des aliments, les cellules se reconstruiront.

Quant à lui, le Dr Juneau, directeur de la prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal, qui s’intéresse de près aux recherches sur le jeûne, mentionne d’autres bienfaits pour la santé soit son efficacité à baisser le niveau d’insuline. Cette action est intéressante pour les personnes atteintes de résistance à l’insuline comme le syndrome métabolique, l’obésité et le diabète.

Attention !

Ne pratique pas le jeûne qui le veut. Il faut être bien encadré et suivi par un professionnel. De plus, le jeûne est déconseillé en cas de fatigue, de troubles alimentaires, d’une faiblesse du système immunitaire, de troubles cardiaques, de carences nutritionnelles, de maladies rénales, de cancer, de grossesse, en cas de psychose, de diabète ou de dépendance.

Finalement…

Très peu de recherches scientifiques étoffées sur l’être humain sont disponibles pour démontrer les bienfaits du jeûne car il est impossible d’utiliser un placebo dans ce cas-ci sur un groupe et le jeûne sur l’autre sans qu’ils ne s’en rendent compte.

Par contre, il est indéniable que jeûner peut apporter grand bien pour améliorer la santé comme le mentionne plusieurs spécialistes.

Est-ce que je le referais ? Si ma santé en dépend, oui ! Sinon, probablement pas. Je préfère adopter un mode de vie sain au quotidien, changer mes habitudes qui créent des déséquilibres et m’améliorer dans la vie de tous les jours plutôt que de jeûner.

Bonne santé !

Natacha Leclerc, Naturopathe

Natacha Leclerc

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