Quand la maladie te dit stop

  • 25 juillet 2019
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  • Natacha Leclerc

J’ai un mode de vie relativement sain. Enfin, beaucoup plus sain que la plupart des Nord-Américains moyens. Je suis une éponge à informations. Je gobe tout sur la santé. Je veux être au top dans tout, ça a toujours été. Je ne fais rien à moitié, toujours de la qualité. Au final, c’est là que ça m’a menée parce que trop, c’est comme pas assez. Il faut croire que lorsque je parlais d’équilibre, je jugeais ça bon pour mes clients, moi je suis allée dans l’extrême.

Le 16 mai dernier, j’ai commencé à avoir une petite nausée, rien de bien important, juste un petit quelque chose pour me fatiguer. Comme mon mari a été malade 2 jours plus tôt, je me suis dit que je combattais un virus intestinal. Si seulement ça avait été si simple, mais non !

Les jours s’enchaînent et je vais de moins en moins bien. Mon mal de ventre augmente de jour en jour mais étant maman et travailleur autonome, on va se le dire, je « n’avais pas le temps » et « ça allait passer ».

Le 22 mai je n’en pouvais plus, j’appelle donc la clinique privée avec laquelle je fais toujours affaire et prends un rendez-vous pour le lendemain. Je dois annuler 2 clients. Je n’annule pas les autres, j’espère encore pouvoir aller travailler après mon rendez-vous. Ça ne se passera pas comme ça…

Lorsque la docteur se met à m’ausculter, mon corps réagit naturellement à la douleur : je deviens toute en sueur, ma pression artérielle est dans le tapis, je sursaute dès qu’elle me touche… je pleure de douleur en silence sur la table d’examen. Je pense que je suis tombée sur la médecin la plus humaine sur terre que je n’ai jamais rencontrée !!! Elle était tout simplement formidable. Bien franche avec moi, elle me dit que je vais devoir aller à l’hôpital parce que je devrai passer des prises de sang, un scan, une échographie, etc.

Elle appelle à l’urgence de St-Jérôme pour essayer de me faire passer go sans attendre des heures interminables dans la salle d’attente. Ça ne fonctionne pas. Là-bas, c’est la loi du plus en danger de mort qui prédomine et qui est en danger de mort quand on parle de mal de ventre ?

Bref, finalement je dois annuler mes clients de la journée hein ! De toute façon je ne suis que l’ombre de moi-même rendu là.

Je me rends donc à l’urgence de St-Jérôme où je suis classée 4… L’infirmière m’avoue qu’elle m’aurait classée 5 si je n’étais pas allée à la clinique avant. Ouff… Quelle fleur elle me fait… Incroyable.

J’attends 18h. 18h interminables pendant lesquelles je vais dormir parfois dans mon auto à coup d’une heure ou deux pour ne pas manquer mon nom quand ils m’appelleraient pour me ré-évaluer. J’ai mal, je pleure en silence sur ma chaise, je ne suis plus capable. Tout ce que je me dis c’est « My god… si seulement ils me connaissaient ils sauraient que je ne consulte JAMAIS donc encore moins pour rien, que si je suis là c’est vraiment parce que ça ne va pas, mais pas du tout ». Je suis brûlée raide, je me fais des scénarios pas possibles, je suis toute seule et j’attends qu’on m’appelle enfin.

Quand je passe finalement, encore une fois je tombe sur une médecin incroyablement sympathique. Elle voit que je souffre beaucoup, elle est douce et prend le temps de m’expliquer les choses. On m’installe alors un soluté, je passe des prises de sang, je passe deux échographies et finalement on a une piste : mes prises de sang révèlent un haut taux de globules blancs (qui indique que mon corps combat une infection) et un haut taux de protéines C réactives (qui indique de l’inflammation).

J’ai deux choix : soit je retourne à la maison et vois si ça passe avec des anti-inflammatoires, puis reviens pour un suivi dans trois jours, soit je passe un scan là maintenant pour explorer d’autres pistes. La doc est moins chaude à l’idée du scan parce que ça implique des radiations mais moi là, je veux des réponses maintenant. Je sais très bien que quelque chose cloche.

Je vais donc au scan et ENFIN !!! On a une réponse et effectivement ça ne va pas. Je fais une crise de diverticulites. Bon, jusque-là c’est bien plate mais vraiment pas siiii grave, quoi que très douloureux. Le point important c’est l’abcès qui a élu domicile dans mon intestin. La médecin me rassure et me dit qu’elle va parler au chirurgien pour voir s’il y a lieu de l’enlever par chirurgie ou si je prends simplement des antibios. Il ne peut pas rester là parce que s’il éclate, ça peut être dangereux.

J’attends dans la salle toute seule et tout à coup j’entends les infirmières parler et dire « avez-vous appelé en radiologie pour le cas de Natacha Leclerc, c’est STAT, ça veut MAINTENANT! ». Damn… J’étais pas stressée mais là je le suis en s.v.p. Je pars à pleurer. Bon, de toute façon je fais juste ça depuis des heures donc une fois de plus ou de moins hein… rendu là! Je capote, je suis toute seule, personne sait ce qui est en train de se passer, j’ai le temps d’appeler personne… je ne peux pas croire que ça m’arrive.

L’infirmière entre dans la salle et me voit. Elle dit « oh, c’est ta première fois hein? ». J’hoche la tête pour dire que oui. Elle veut me rassurer et me dit qu’elle ne sait pas trop exactement comment se passera la chirurgie mais que c’est tout à fait mineur donc que je ne devrais pas trop m’inquiéter avec ça. Ouais bon… ça ne m’a pas du tout rassuré pour être honnête !

Donc l’infirmière me dit de la suivre, que je serai installée dans une chaise plus confortable pour attendre. Je me fais placer dans un gros fauteuil style « lazy boy » et elle me dit que le chirurgien va venir me chercher. Je sors donc mon cellulaire et j’appelle ma mère. Je pleure toujours. Bien oui, à 30 ans j’appelle encore ma mère à l’aide en pleurant quand ça ne va pas faut croire ! Je n’ai même pas besoin de lui expliquer, elle sait ce qu’elle doit faire, elle s’en vient.

Entre temps le chirurgien vient me voir et me dit que finalement l’abcès est plus petit que ce qu’il s’était fait dire, donc il va essayer de le résorber avec les antibios par intraveineuse et faire un suivi rapproché pour être certain que tout est correct. Je reste à l’hôpital. Si tout va bien, je pourrai sortir le 26 mai.

Wow ! Le soulagement ! Je rappelle ma mère pour la rassurer. Elle s’en vient quand même parce que misère j’ai besoin d’elle… On m’installe sur une civière, dans le corridor digne de l’autoroute à l’heure de pointe et sous le seul néon qui ne ferme pas. L’infirmière m’explique comment me faire un cache-yeux avec un masque pour la bouche et deux débarbouillettes. Le style je ne vous dis pas !!! On a bien rit !

Ma mère passe toute la soirée avec moi, ou en tout cas une partie de moi parce que le cocktail d’antidouleur qu’ils m’ont donnée fait son effet, je vois double, je ne suis même plus capable de texter mon mari pour lui donner des nouvelles parce que mon clavier,je le vois double, je suis plus ou moins les conversations… bref je suis pas pire gelée à ce moment-là.

Vers 3h du matin, un homme vient me chercher pour me transporter jusqu’à une « chambre ». Enfin un peu de calme et de noirceur. Je dors jusqu’au matin, mange mon déjeuner.

La dernière fois que j’ai vu mes enfants, c’était le jeudi matin. Nous sommes samedi. Je m’ennuie quelque chose de rare!!! Ma mère s’occupe de mon grand qui a son cours de trampoline pendant que mon mari s’occupe de notre fille. Je leur demande de venir me rendre visite parce que je m’ennuie beaucoup trop d’eux.

Quand ma fille, elle a 4 ans, m’a vue, elle n’était vraiment pas sûre. Je faisais dure, on va se dire les vrais affaires, j’avais un soluté dans le bras qui bipait si je pliais trop mon bras, j’avais peu d’énergie, blanche comme un drap… Rien pour la rassurer finalement. C’était très intimidant pour elle mais au final ça m’a tellement fait du bien qu’elle passe me voir.

Mon fils, il a 7 ans, aussi n’était pas trop sûr, il ne voulait pas me faire mal et il voulait que je revienne à la maison. Crève-cœur pas mal mais mon dieu que je le comprenais. Je voulais retourner à la maison aussi !!!

Pendant la visite de mon grand, le chirurgien passe et me demande si j’aimerais un congé temporaire. Il me laisserait partir après ma dose d’antibios intraveineux à condition que je revienne pour 22h pour ma prochaine dose. Je pouvais passer quelques heures à la maison!!!

En attendant de retourner à la maison, je m’occupe avec des sudoku que ma mère m’a apportés. J’ai besoin d’occuper mon cerveau mais ouf… je fais une grille et je suis épuisée. Je ne peux pas croire que mon cerveau ne fonctionne plus. Je fais une sieste puis on me réveille pour mon antibio et je pars !

Quand j’arrive à la maison, Thomas, mon garçon, m’avait préparé un gâteau au chocolat parce que c’est mon gâteau préféré et du Jell-O parce qu’il avait vu qu’à l’hôpital c’est ce qu’ils m’avaient servi pour le dessert de mon dîner. Mon mari m’avait fait couler un bain et commençait à préparer le souper. Ils sont trop cute !

J’aurais pu rester plus tard mais finalement à 19h30 j’étais complètement fichue et j’ai demandé à mon mari d’aller me reconduire à l’hôpital question que je puisse dormir. Pas croyable. Je ne pouvais plus faire quoi que ce soit sauf dormir.

Le lendemain en fin d’après-midi, j’avais officiellement mon congé !! Mon mari est venu me chercher et nous sommes retournés à la maison.

J’ai pris la semaine au complet de congé. J’ai bien fait. Je n’étais encore que l’ombre de moi-même. Ça a pris du temps avant que mon cerveau sorte de son espèce de brouillard. Mon corps a vraiment flanché. Je cherchais mes mots, je disais un mot alors que je voulais dire autre chose sans m’en rendre compte, je n’avais plus de mémoire à court terme, je pouvais oublier une information qu’on m’avait donnée 5 minutes avant… C’était vraiment horrible à vivre. Ça ne m’était jamais arrivé avant.

Je pense que j’ai retrouvé une bonne partie de mes facultés. Pas mal toutes en fait. Parfois je doute de ma mémoire mais j’ose croire que tout reviendra à 100% en temps et lieu.

J’ai eu une rechute de douleur abdominale 4 semaines après mon séjour à l’hôpital. J’ai eu très peur de devoir retourner. Ma mère était sur le bord de me ramener à l’hôpital. Finalement ça a passé avec des suppléments antimicrobiens et autres.

Pendant mes vacances aussi, il y a eu un soir où j’ai eu extrêmement mal à me mettre des ice pak sur le ventre, roulée en boule dans mon sleeping bag. J’étais en camping.

Est-ce que je suis complètement sortie du bois ? Je ne le crois pas. Quand on fait une crise de diverticulites, après on reste sensible à d’autres crises donc je devrai toujours faire attention. J’ose croire qu’un jour je mettrai le doigt sur la cause du bobo et que je pourrai l’éliminer complètement. Ce serait génial ! Sinon, je mise sur l’alimentation et je travaille fort sur moi-même pour être plus équilibrée et non dans l’excès.

Ça m’a pris beaucoup de temps accepté le diagnostic. J’étais fâchée contre la vie, pourquoi moi? J’étais fâchée contre moi-même de ne pas avoir fait plus attention, d’avoir ignoré les signes, d’avoir fait l’autruche, d’avoir remis à plus tard, de m’être laissé tomber. Je me disais « ayoye, quelle naturopathe es-tu et quel exemple donnes-tu à tes enfants de leur dire de bien manger pour être en santé alors que tu n’es pas toi-même en santé ». Je me suis énormément tapée sur la tête. Chaque fois que j’en parlais, j’avais les larmes aux yeux. Mes amis et ma famille me disaient « je ne comprends pas comment ça se fait que ça t’arrive à toi, tu manges tellement bien, tu es tellement zen, et bla bla bla ». Ça a été extrêmement difficile pour moi d’entendre tout ça, comme s’ils me jugeaient. Je sais qu’ils ne me jugeaient pas, ils se demandaient probablement simplement la même chose que moi : pourquoi moi alors que je semble avoir un bon mode de vie? Ça m’a énormément ébranlée.

Je retiens les paroles d’une amie qui m’a répondue, après que je lui ai dit à quel point je ne comprenais pas, pourquoi moi, que j’avais l’impression de faire tout ce que je faisais pour rien (par rapport à l’alimentation par exemple), d’être une imposteur quand je parle de santé, etc : « Imagine si tu n’avais le mode de vie que tu as actuellement ce qui aurait pu arriver. Ça aurait pu être pire. Tu fais ce qu’il faut. Tu es un modèle incroyable à suivre. ».

Deux mois plus tard, je peux dire que ça m’a donnée une certaine motivation pour devenir une version meilleure de moi-même ! Je ne peux pas tout changer ma façon d’être, par contre je peux tempérer, je peux travailler pour être plus équilibrée et c’est ce que je fais. Voici l’exemple que je veux donner à mes clients mais d’abord et avant tout à mes enfants !

Bonne santé,

Natacha Leclerc, Naturopathe

Natacha Leclerc

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